Entretiens de la Rénovation : Les leviers de la croissance (compte-rendu)
CR du Forum du jeudi 13 septembre : Henri WEBER précise que nous inaugurons, à l’occasion de cette première séance, une série de rencontres et de forums thématiques, dans la perspective de la rénovation de notre parti. Un programme de travail fourni est d’ores et déjà arrêté. Il se déroulera tous les 15 jours, et ce jusqu’au 12 décembre. (...) Voir calendrier.
Le Secrétaire national à la Formation remercie nos invités, à savoir Elie COHEN et Philippe AGHION. Le sujet traité concerne les leviers de la croissance. Henri WEBER pose d’emblée à ce sujet un certain nombre de questions :
➢ Comment se fait-il que la France profite aussi peu et aussi mal d’une croissance mondiale, à bien des égards exceptionnelle ?
➢ Comment remédier à cette situation ?
➢ Comment retrouver les sentiers de la croissance, à l’instar de ce que nous avions connu sur la période 1997-2002 ?
➢ Comment se fait-il que nous soyons encore confrontés à un taux de chômage aussi élevé, en dépit des efforts accomplis pour le réduire et le combattre ?
Le député européen précise que désormais ces forums thématiques seront animés en relation étroite avec Alain BERGOUNIOUX, Secrétaire national aux Etudes, et mandaté comme lui, pour préparer ces débats. Il donne la parole à Elie COHEN.
Élie COHEN confirme que la performance de notre pays en terme de croissance économique reste globalement médiocre. Il s’agit d’une réalité pratiquement intangible depuis près de 30 ans. Ce déficit de croissance existe à la fois au regard des performances mondiales et des résultats de l’Union Européenne. Cette contre-performance se matérialise également par des pertes substantielles des parts de marché de notre pays, pertes accélérées en raison de l’extension du commerce extérieur, depuis la fin des années 90.
Le problème central reste somme toute assez simple : comment gagner le point de croissance annuelle qui nous manque ? Cette question paraît d’autant plus cruciale que les performances économiques hexagonales sont largement en retrait vis-à-vis des pays anglo-saxons, des pays nordiques, des pays Rhénans.
Notre croissance demeure donc insuffisante. A structures inchangées, notre potentiel de croissance à l’horizon 2020 atteindra à peine 2 % par an, si rien ne change. Cette insuffisance n’est pas liée à un problème de demande qui reste au contraire relativement vigoureuse en France. Nous connaissons en fait une dégradation inquiétante de notre commerce extérieur, à travers un déficit qui s’élève désormais à 30 milliards d’euros par an. Ce déficit n’entraîne plus les conséquences que nous subissions avant l’avènement de l’euro. Pour autant, cette dégradation du commerce extérieur reflète une réelle faiblesse économique et un très net manque de compétitivité. Cette fragilité du commerce extérieur qui entraîne une fragilité de la croissance et une forte érosion de nos parts de marché s’explique en partie par l’existence d’un tissu d’entreprises exportatrices, extrêmement limité.
Par conséquent, la relance de la demande invoquée par le Président de la République pour justifier le paquet fiscal estival semble totalement paradoxale et déconnectée de la réalité économique. Face à ce déficit de croissance, il nous faut réagir. La croissance est en effet nécessaire pour des raisons de prospérité collective et individuelle et pour financer une protection sociale solidaire dont les besoins augmenteront massivement dans les années à venir, que ce soit en termes de santé ou de retraites. Le vieillissement de la société entraînera en effet une forte augmentation des dépenses de santé mais aussi de redistribution en direction des personnes âgées et très âgées. Notre modèle social, notre souci d’une protection sociale solidaire reposent sur une croissance plus forte.
Élie COHEN pose alors la question de savoir comment faire mieux en terme de croissance. Aujourd’hui, et à l’issue d’études approfondies, il apparaît que plusieurs facteurs restent décisifs pour atteindre ce fameux point de croissance supplémentaire, qui règlerait une bonne partie de nos problèmes.
Élie COHEN insiste tout d’abord sur l’investissement dans l’enseignement supérieur et la formation supérieure. Cet investissement est décisif pour un pays qui se situe aux frontières technologiques et qui a besoin d’un puissant effort de recherche-développement.
Il insiste ensuite sur la nécessaire libération croisée et simultanée du marché du travail et du marché des biens et services.
Il revient enfin sur le problème de la quantité de travail disponible et donc du taux d’emploi, en particulier pour les jeunes de moins de 25 ans et pour les seniors de plus de 54 ans. En revanche, il tient à préciser qu’il se refuse délibérément à évoquer, parmi les facteurs décisifs pour une croissance plus forte, la question du taux de prélèvements obligatoires et celle de la dette qui, pour lui, ne constitue pas aujourd’hui une donnée majeure.
Élie COHEN revient sur les facteurs prioritaires susceptibles de nous permettre de renouer avec une croissance proche des 3 % l’an.
D’abord, mobiliser la population en âge de travailler. Aujourd’hui, seule la tranche d’âge 25/54 ans dispose d’un taux d’activité conforme à la normale. Il faut à tout prix relever substantiellement le taux d’activité des plus de 54 ans et favoriser pour les moins de 25 ans, le cumul emploi à temps partiel et études universitaires.
Ensuite, il convient de peser sur le fonctionnement du marché du travail et de vaincre un certain nombre de rigidités propre à notre pays. Nous avons aujourd’hui un problème de pénurie de compétences et de qualifications. Il nous faut revoir « l’appareillement offre/demande d’emplois » de manière à retrouver un taux de chômage conforme aux standards européens. Un tel objectif suppose une action déterminée, en particulier sur l’encadrement personnalisé des chômeurs et une révision de la politique de crédits en direction de l’emploi, ce qui est plus important que de remettre en cause le contra de travail.
Il s’agit aussi de favoriser la concurrence sur le marché des biens et services en pratiquant notamment, une réforme rapide en matière de distribution, des lois Galland, Royer et Raffarin. Dans le même mouvement, la libéralisation des réseaux et l’ouverture de certaines professions fermées seraient les bienvenues. De la même manière, la réforme de l’accès des PME aux marchés publics, et donc aux commandes publiques, s’impose pour fortifier dans un second temps notre tissu économique exportateur.
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