Interview de Michel Delebarre, Député-maire de Dunkerque et Président de l'Union sociale pour l'habitat, qui regroupe les organismes HLM par Bertrand Bissuel (Le Monde) parue le 15 janvier 2007.
- Sous la pression des associations, interpellant l'opinion à propos des sans-abri, un projet de loi créant un droit opposable au logement sera présenté en conseil des ministres, mercredi 17 janvier. Qu'en pensez-vous ?
Il est un peu affolant de voir un texte élaboré si précipitamment. Certes, le fait que des gens dorment à la rue est inacceptable, ce qui justifie la mobilisation des Enfants de Don Quichotte comme d'autres associations. Mais cette problématique relève d'abord d'un droit à l'hébergement plus digne. Le droit au logement, lui, soulève des questions un peu différentes et d'une tout autre ampleur. Nous soutenons ce droit, qui nécessite des logements de qualité, à des prix bien plus accessibles et une réelle revalorisation de l'aide personnalisée au logement.
- Dans l'esprit du premier ministre, le droit au logement opposable signifie fournir un logement HLM. Quel est votre point de vue sur une telle définition ?
Il est plus facile de croire que cette réforme pourra uniquement peser sur le monde HLM. Nous sommes prêts à contribuer à sa mise en oeuvre. L'accueil des plus démunis est l'une de nos missions et la part des ménages défavorisés est plus importante dans le parc social que dans le parc privé. Mais le droit au logement opposable doit également concerner les bailleurs privés aidés par la collectivité. Faute de quoi, les obligations vont entièrement rejaillir sur les communes ayant un nombre important de logements sociaux, ce qui va aggraver leurs difficultés. Ce serait une bêtise monumentale, un refus de la mixité et de l'harmonie territoriale et la création de "parkings sociaux". Quelle collectivité acceptera ces logements ?
- Dès la fin 2008, le droit au logement opposable pourra s'appliquer à plusieurs catégories de personnes en difficulté. Cela vous paraît-il réalisable ?
En l'état, c'est un leurre s'il n'y a pas un effort substantiel pour produire, pendant au moins cinq ans de suite, du logement accessible, en location ou en accession sociale à la propriété. (...)
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