Travail des élus : une semaine de la vie du maire de Clamart
Le Parisien a fait paraitre aujourd'hui un article sur les maires de France et plus particulièrement sur Philippe Kaltenbach, maire de Clamart, qu'une journaliste a suivi pendant une semaine pour se rendre effectivement compte du travail effectué. Le voici :
Maire : l'homme à tout faire de la République
Les députés leur ont donné hier davantage de pouvoirs dans la lutte contre la délinquance. Or la plupart des maires croulent déjà sous les charges. Philippe Kaltenbach, maire de Clamart, travaille 90 heures par semaine.
PHILIPPE KALTENBACH est maire de Clamart depuis 2001. Egalement conseiller régional, membre du bureau national du PS, président de l'office HLM et de la communauté d'agglomération, il jongle, 90 heures par semaine, entre les réunions et les séances publiques. Une vie de comme celle de la plupart des élus locaux. Une semaine à ses côtés.
Samedi 25 novembre
Les doléances du marché. Il y a foule devant le volailler du marché du
Trosy. Les familles repartent un poulet dans une main, des tracts
socialistes et UMP dans l'autre. Vêtu de son long manteau beige, le
maire de Clamart fait le tour des étals de la halle, serre des mains.
Il n'achète rien, « je ferais des jaloux si je choisissais un primeur
plutôt qu'un autre ». Et quand bien même, « Monsieur l'maire » n'aurait
pas le temps. Les habitants l'interpellent à tout instant pour une
demande de logement, un réverbère défectueux. Une vieille dame rouspète
contre la nouvelle bibliothèque. Il enregistre, note dans son assistant
personnel, répond que « l'on va s'en occuper », justifie les choix de
la mairie. Parfois, il y a des mercis. Philippe, employé municipal,
salue « son coup de pouce. Grâce à vous, j'emménage bientôt ». Philippe
Kaltenbach, un peu gêné : « N'allez pas dire que l'on donne des
logements en un mois à Clamart. Sinon, demain, j'ai 2 000 personnes
dans mon bureau. Je ne suis pas le Père Noël mais c'était délicat de le
laisser à la rue. » A midi, sa femme lui apporte les clés de leur 206.
Philippe Kaltenbach tient à saluer les services techniques, qui
distribuent des sacs de sel de déneigement pour l'hiver. Le samedi,
comme la semaine, tout est chronométré.
Dimanche 26 novembre
Le militant PS en campagne. En distribuant ses tracts sur les marchés
de Clamart et Châtillon pour les législatives, le maire trouve un
copain pour le déposer à Paris. Ils arrivent en retard pour le discours
de Ségolène Royal, officiellement investie ce jour-là par le PS. La
salle de la Mutualité déborde. Le maire de Clamart se faufile au plus
près de la tribune. Ségolène n'était pas sa favorite - il a voté Fabius
- mais il fera tout pour « battre Sarkozy ». Le discours de François
Hollande l'amuse. Philippe Kaltenbach profite de l'affluence, prend
quelques contacts utiles pour les législatives et les convie au meeting
de Hollande à Clamart dans dix jours. Chez lui, sa femme et ses
beaux-parents ne l'attendent plus pour déjeuner. Il arrive à 14 h 30,
pour le dessert.
Lundi 27 novembre
Un emploi du temps minuté. En début de semaine, le maire réunit ses
responsables de service dans l'ambiance feutrée de son bureau. Autour
de la table ovale transparente, cinq hommes, une femme passent son
agenda en revue. Lui affine ses déplacements, demande des précisions
sur la construction de logements sociaux, exige d'avoir sur son bureau
les transparents de la réunion publique du lendemain au plus tôt. «
Avant demain 20 heures, ce serait bien, que je sache ce que je commente
», glisse-t-il. « Est-ce que je mets ma photo sur la carte de voeux ? »
« Si tu peux éviter... » lui répond son conseiller. L'élu obtempère, un
brin contrarié. Les sujets se suivent et ne se ressemblent pas. « Pour
le Téléthon, il me faut un planning précis », « pour les médailles de
la ville, un discours pour chacun ». Il prend date pour les conseils
d'agglomération, les bureaux municipaux. « N'oubliez pas que vous devez
aussi être présent au dépouillement des élections des locataires », lui
glisse le président de l'office HLM. Patricia, la secrétaire du maire,
croit devenir chèvre.
Une « entreprise » de 1 200 employés. Le temps, à peine, d'apprécier un
filet de loup à la brasserie de l'hôtel de ville et Sylvain, son
chauffeur, le dépose devant les écoles maternelles du Haut-Clamart. Les
enfants dorment. Ce n'est pas eux qu'il vient voir mais les dames de
service, ravies de voir « le patron » ; 1 200 hommes et femmes
travaillent pour la mairie. Philippe Kaltenbach tient à les rencontrer
un par un. « Pas une personne n'est embauchée sans passer dans mon
bureau. » Cet après-midi-là, il découvre le quotidien des « commandes
incomplètes », « de la viande trop dure à couper pour les enfants », «
du produit miracle qu'on avait un temps pour nettoyer la rouille des
toilettes ». Assis sur une petite chaise, le maire écoute, puis
enchaîne les autres rendez-vous. A 22 h 30, le maire n'a toujours pas
dîné. Le conseil d'administration de l'Opac, qu'il préside, se
prolonge. « L'office HLM de Clamart, c'est 58 millions d'euros de
budget, une centaine de constructions par an. Les dossiers sont lourds,
mais réaménager des quartiers, c'est ce que je préfère. »
Courriers et syndicats. Tous les matins, Patricia dépose des montagnes
de lettres sur le bureau du maire. « Trop de feuilles mortes sur le
chemin de l'école, les trottoirs sont glissants » ; « la salle de yoga
n'est pas assez chauffée ». Philippe Kaltenbach lit tout. Chaque lettre
est enregistrée, scannée. « Je m'assure que l'on réponde à tout le
monde. » L'AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris) construit
des logements sociaux près de l'hôpital Béclère, « mais ils n'ont pas
l'intention de faire des parkings souterrains », déplorent
Marie-Christine et David, représentants syndicaux. Le premier magistrat
dessine, trace des plans, imagine un parking aérien sur trois étages.
Mardi 28 novembre
Un conseil municipal nocturne. Parfois, il faut faire des choix. Ce
jour-là, Philippe Kaltenbach a jugé plus opportun de se rendre aux
états généraux du Sdirf (schéma directeur de la région Ile-de-France)
qu'à la présentation de la politique scolaire de l'inspecteur
d'académie à Nanterre. Le gros morceau de la journée étant le conseil
municipal, à 20 h 30. Décontracté, une veste de cuir sur les épaules,
le maire salue la quarantaine de Clamartois installés au fond de la
salle. Il y a plus de monde que d'habitude. Le conseil est un peu
particulier ce soir : les représentants de deux conseils de quartier
présentent le bilan de cinq ans de « démocratie participative ».
L'impression d'avoir été « des chambres d'enregistrement » « sans que
leur avis ne soit pris en compte » domine. S'ensuit un long débat.
L'opposition est plutôt polie. A 22 h 40, la salle se vide. Sept
courageux assistent à la suite du conseil municipal. Il reste 26
questions à l'ordre du jour.
Mercredi 29 novembre
Le tramway à la région. Maire, président de la communauté
d'agglomération, Philippe Kaltenbach est aussi conseiller régional
d'Ile-de-France. Il y passe au minimum une journée par mois lors des
commissions plénières. Dans la grande salle du rez-de-jardin, les élus
vont et viennent. A 11 h 20, Jean-François Copé, le ministre du Budget,
quitte la commission plénière, manquant de peu l'arrivée de Jean-Paul
Huchon (PS). Le président de la région prend le relais de sa première
vice-présidente. Il a beau tapoter sur son micro pour demander le
silence, les discussions repartent de plus belle. Costume gris-cravate
orange, un peu seul dans sa rangée, Philippe Kaltenbach attend depuis
deux heures le dossier transports pour plaider pour le tramway
Châtillon-Viroflay. L'Etat a voulu le remettre en cause cet été. Le
maire de Clamart veille au grain. Il retourne dans les Hauts-de-Seine
en milieu d'après-midi. En fin de journée, il reçoit les 26 retraités
municipaux de l'année.
Jeudi 30 novembre
« Les trottoirs aux voitures, la rue aux poussettes. » A la maison de
quartier du Petit-Clamart, près de 80 personnes écoutent religieusement
le maire présenter ses projets : des logements sociaux dans le bas de
la ville, un quartier écologique à la gare, deux médiathèques. Des
questions ? Une dame en rouge demande le micro dans la salle. « Que
peut-on faire au coin de la maternelle de la Bourcillière pour empêcher
les voitures de se garer n'importe où ? C'est les trottoirs aux
voitures, et la rue aux poussettes. » Un monsieur râle contre « le sens
unique de la rue Edison. Maintenant, toutes les voitures se retrouvent
rue du Bois ». « Et pour les voitures qui ne respectent pas le
stationnement alterné, vous allez agir ? » Ce soir, c'est à chacun son
trottoir.
Vendredi 1er décembre
Et les noces d'or... La journée est plutôt calme avant le grand rush du
samedi : noces d'or des époux Foret-Jean, pose de la première pierre de
la salle polyvalente et remise des prix des maisons fleuries sont au
programme. Il félicitera également la championne du monde de
beach-volley universitaire, une Clamartoise. A 18 heures, il entame
dans son bureau des négociations fermes avec une entreprise du
bâtiment. Le chantier du gymnase Hunebelle (5,5 millions d'euros) doit
commencer au printemps. Cinq entreprises sont encore en compétition. Le
maire a convoqué l'architecte et les ingénieurs de la moins disante
pour tenter de tirer les prix au plus bas. Elle propose 5,1 millions
d'euros. Le maire espère baisser à 4,6 millions d'euros en rognant sur
trois ou quatre vestiaires. Les discussions sont âpres. « Ce n'est pas
évident. En 2002, on tirait beaucoup mieux les prix. Maintenant, les
entreprises nous disent que les matières premières ont augmenté,
qu'elles doivent faire face à la concurrence asiatique... » Même la
mondialisation passe par Clamart.
Emeline Cazi
Le Parisien , mercredi 06 décembre 2006
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